CARAPACES – Célia SANCHEZ – Roman

Dernière mise à jour : 22 févr.


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CARAPACES

Où allons-nous ? En France, à Paris


À quelle époque ? Contemporaine


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Calisse est une jeune-femme parisienne qui vit encore chez ses parents, des parents très souvent absents dans la vie de leur fille unique, et ce depuis son adolescence. Elle partage ses journées entre un boulot où elle rêve « de pouvoir dire « merde » » à son patron « qui trouve toujours à redire » à son travail, le conservatoire de musique et le violoncelle. Mal dans sa peau, peu sûre d’elle, Calisse a souvent des crises d’angoisse lorsqu’elle se retrouve seule dans cette grande maison.


« J’aimerais devenir réalisatrice. J’aimerais tellement pouvoir martyriser ceux que je hais par le biais de cette parodie de la réalité qu’est le cinéma. Et donc de manière totalement légale. Pour le plaisir de millions de spectateurs. Sauf que ce n’est pas à la portée de tous. Et qu’il faut travailler avec les gens. Beaucoup de gens. Et je n’aime pas tellement les gens. » (P.18)

L’artiste est, comme vous l’aurez deviné, un artiste dont les domaines de créativité sont le dessin, la peinture et l’écriture. Comme Calisse, il a la vingtaine, vit à Paris et squatte dans un ancien garage automobile qui appartient avec son ami de longue date, Nils. Il ne travaille pas. Côté famille, sa vie est compliquée. Côté sentimental, quatre ans plus tôt, il est tombé amoureux d’une fille… qui a fini par lui briser le cœur, en le quittant après quelques mois de relation. Depuis, il a fermé la porte à Cupidon et passe beaucoup de temps seul à ruminer des pensées sombres.


« Cette fille parvenait à bousculer le temps. Une heure avec Olivia défilait en quelques secondes, alors je ne m’en lassais jamais. Je gaspillais le moindre petit quart d’heure qu’elle m’accordait. On répétait nos dialogues ensemble, on parlait art, poésie, sexe, politique. J’avais trouvé la fille parfaite, qui me comprenait et m’apprenait l’art de la confiance en soi, dont je manquais fortement. J’avais cette impression fantastique que l’on se complétait. » (P.20)

À mon humble avis :


Rien que le choix du titre - Carapaces (avec un S) - a tout de suite attisé ma curiosité littéraire. Je me suis demandée qui avait pour habitude de porter une carapace ? Certains animaux, comme la tortue par exemple… mais pas seulement, quand on y réfléchit bien. Nous aussi, les humanoïdes, nous avons tendance à en porter une, invisible et tellement coriace. Et souvent, nous ne nous en rendons même pas compte.


J’avoue qu’au début je ne savais pas trop où voulait en venir Célia SANCHEZ, car le roman est écrit de manière originale : un coup, vous serez dans la tête de Calisse, et le chapitre suivant, dans celle de l’artiste. Mais finalement, je me suis vite habituée au procédé littéraire et j’y ai pris goût.


Qui plus est, les personnages principaux, Calisse et l’artiste, sont très attachants. Ce sont deux écorchés-vifs, deux paumés, ballottés au gré des flots de leurs émotions et de leurs vieux démons qui les hantent encore aujourd’hui. On s'attache à la fois à leur fragilité et à leur part de souffrance.


Ce qui fait la différence :


Au-delà de l’histoire de vie de Calisse et de l’artiste qui vous tiendra en haleine jusqu’au bout du livre, l’auteure insuffle dans son roman de nombreuses interrogations au sujet de la société européenne et contemporaine. Il est question de réflexions au sujet d’un monde qui dysfonctionne à de nombreux niveaux et qui, à force, a fini par en altérer ses individus et leurs rapport les uns avec les autres.


« Dans la société actuelle, les stéréotypes gouvernent le monde, tant chez les enfants que chez les adultes. Et ceux qui ont atteint l’âge où l’on ne sait pas encore très bien duquel de ces côtés se situer peuvent sans mentir se vanter d’être les pires vecteurs d’abominations verbales et de torture morale. » (P.27)

Et puis, très rapidement, on comprend mieux le titre que l’auteure a choisi : (les) Carapaces. Pour survivre dans un tel milieu, pour se donne le sentiment d’être protégé(e), d’avoir un pare-feu, chacune, chacun, on va se forger sa propre carapace, son bouclier, qui finalement l’emmurera dans une profonde solitude dénuée de sens et d’humanité. La carapace ne se forge pas en une nuit, ou en une année. Elle s’installe, doucement, mais sûrement. Elle constitue ses différentes couches qui, avec le temps, deviendront de plus en plus dures et impénétrables aux autres.


« Là réside l’hypocrisie. La carapace. Faire bonne figure, étaler ses bons côtés. Et cacher la noirceur et l’égoïsme. Les Hommes ont un besoin vital d’être entourés, mais ils ne se rendent pas compte que leur paradoxal individualisme les isole. Chacun se cantonne dans ses problèmes, dans son quotidien, alors qu’en regardant autour, on s’aperçoit que ce que l’on croit insurmontable n’est rien comparé à ce que peuvent endurer les autres. » (P.35-P.36)

Avec Célia Sanchez, on s’interrogera également sur le bonheur. En quoi réside-t-il ? Est-il équivalent pour chacune et chacun d’entre nous ? Comment le garder près de nous ? Pour Calisse, « Le vrai bonheur, ce sont ces petits moments que l’on ne veut pas voir s’achever. Chaque petit instant que rien d’autre ne pourrait améliorer. Comme ce matin. (P.41)». Et, personnellement, je trouve cette analyse assez juste.


Finalement, l’Homme (avec un grand H) ne serait pas fait pour vivre en ermite. Il se nourrit et s’épanouit dans ses relations avec les autres, car « Tout le monde a besoin d’un pilier, de quelqu’un sur qui s’appuyer. Les gens ne sont pas faits pour être seuls. Et si un jour quelqu’un vous soutient le contraire, c’est faux. » (P.43)


Avant de vous quitter, je glisserai un petit mot au sujet d’un autre personnage du roman auquel je me suis profondément attachée. C’est celui de Mamy, la grand-mère de l’artiste. Elle sera le « Jiminy Cricket » de l’artiste, celle qui va obliger le jeune-homme à sortir de sa torpeur, mais toujours dans la douceur, la compassion et l’amour inconditionnel qu’une grand-mère aimante a à offrir.


« On ne peut pas lutter contre la vie. Elle sera de toute façon plus forte. Alors pourquoi refuser le bonheur quand il se présente ? » (P.99)

Belle future lecture à vous et bravo à l’auteure !


146 pages / Septembre 2019 / Aux Éditions de l’Harmattan.


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