Interview Seydina Issa SOW : portraitiste et illustrateur de BD au Sénégal

Dernière mise à jour : 21 févr.

Bonjour Seydina. Tout d’abord, je te remercie d’avoir accepté de répondre à mes questions. Aujourd’hui, tu vas nous parler de ta passion dont tu as fait ton métier : le dessin et la Bande Dessinée.

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Seydina Issa Sow

Peux-tu te présenter aux lectrices et lecteurs, s’il te plait ?


̶ Bonjour, tout d’abord, permets-moi de te remercier pour l’intérêt que tu portes à mes activités. C’est avec joie que je me prête à cette interview.


Alors je suis un Sénégalais de 31 ans qui a décidé de vivre pleinement sa passion.

Après avoir obtenu mon bac au Cours Sainte-Marie de Hann, je suis allé à Paris pour mes études supérieures. Je suis ainsi titulaire d’une maîtrise en Administration et Échanges Internationaux (Université de Créteil) d’un Master en Commerce et Management des Affaires Internationales (Université de Lille) et d’un master en Marketing et Management des Affaires Internationales (École Supérieure Polytechnique, Université Cheikh Anta Diop de Dakar).


Mais je ne me suis jamais détourné de ma passion qui est le dessin. C’est ainsi que j’ai créé SIS Illustrations, une plateforme sur les réseaux sociaux (Facebook et Instagram), où j’exposais les portraits que je réalisais. Je recevais des commandes de plus en plus et c’est ainsi que je suis devenu portraitiste.


Par la suite, je me suis lancé dans la bande dessinée, un autre monde que je rêvais d’explorer également.


Depuis quel âge dessines-tu ?


̶ Je dessine depuis mon plus jeune âge, aussi loin que peuvent remonter mes souvenirs.


À ton avis, pourquoi ce moyen d’expression artistique est-il devenu ton support de prédilection ? Une rencontre ? Un ou une auteur(e) qui t’a inspiré ?


̶ Le dessin a toujours été une passion pour moi. Dès mon jeune âge, je reproduisais les photos des marabouts qui figuraient sur les calendriers. En grandissant, je me suis pris d’affection à la BD, je passais mon temps à reproduire les pages des BD que je lisais (Picsou, Mickey, Cédric, Lucky Luck, Dragon Ball etc.). Je suis né avec l’amour du dessin.


Mais il faut dire que l’auteur Akira Toriyama m’a bien inspiré avec son œuvre Dragon Ball. C’est grâce à cela que je suis entré dans l’univers du manga en lisant beaucoup de BD et en affutant mon propre style. J’avais ainsi comme rêve de créer ma propre BD, avec mes propres histoires et mes personnages.



Tu es portraitiste. Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ce métier ? Comment t’y prends-tu pour réaliser une œuvre ?


̶ Le métier de portraitiste n’est pas du tout simple. Cela consiste à reproduire l’image d’une personne en respectant la ressemblance avec cette dernière et les proportions.

Je produis mes portraits sur la base de photos (numériques ou physiques) que m’envoient les clients. Une fois la photo sous mes yeux, je me charge de la retranscrire fidèlement sur papier avec mon crayon.




Le client a la liberté de choisir son format (A4, A3, A2) et la couleur (noir et blanc / couleur).



Combien de temps en moyenne te faut-il pour terminer l’œuvre ?


̶ En général, il me faut en moyenne deux à trois heures pour terminer un portrait. Mais pour un grand format (A2 par exemple), ça peut facilement me prendre cinq longues heures.


J’ai entendu dire que tu donnais également des cours de dessins. Ton public est-il plutôt enfant/ adolescent ou adulte ?


̶ En effet, j’anime parfois des ateliers de bande dessinée. Des structures font appel à moi, le plus souvent à l’occasion d’un événement ou d’un séminaire pour animer un atelier de BD. La plupart du temps, mon public est constitué d’enfants et d’adolescents. Mais les jeunes adultes s’y intéressent également.


Par ailleurs, je donne également des cours de bande dessinée les samedis après-midi dans mon atelier à Ouakam, car la demande se fait de plus en plus insistante. Je propose une initiation ou un perfectionnement à la BD à partir de 12 ans. Les participants repartent avec leur planche de BD et un dessin dédicacé.



Travailles-tu sur papier et sur ordinateur, ou soustraites-tu la partie informatique avec un infographiste ?


̶ Pour mes planches, je travaille d’abord sur papier. On peut dire que tout le travail de base se fait sur papier (storyboard, crayonné, encrage, couleurs). Une fois les planches terminées, je les scanne et j’entame un travail numérique. Sur ordinateur, je travaille avec des logiciels qui me permettent de faire des ajustements, de nettoyer mes planches, d’insérer les textes dans les bulles et d’ajouter de la couleur. Quand on est dessinateur de BD, on est obligé d’être un peu infographiste.


Tu as également participé à la Première Édition des 48H de la Bande Dessinée, organisée par l’Institut français de Dakar en novembre 2019, dans le cadre de la FILDAK/CICES. Le thème choisi était « Civisme dans les transports ».Tu peux nous raconter et partager avec nous cette première expérience ?


̶ En effet, ce fut une très belle expérience, et je remercie l’Institut Français de m’avoir fait confiance en m’associant à l’organisation de cette « première édition des 48h de la Bande Dessinée ». Cette expérience était très enrichissante, car elle m’a permis de rencontrer de grands dessinateurs et caricaturistes avec qui j’ai collaboré.


Dans un premier temps, nous avons dirigé un atelier de BD pour des enfants qui ont pu produire chacun une planche de BD avec une histoire courte portant sur le thème du civisme dans les transports. Les enfants ont pu exprimer leur ressenti sur le sujet avec beaucoup d’imagination.


Il y avait, le jour suivant, un concours de BD pour les professionnels sous la forme d’un hackathon. J’avais l’honneur de figurer parmi les membres du jury et j’ai été agréablement surpris de voir la qualité des planches produites par les candidats du concours.

Une conférence s’est également tenue dans le cadre des 48H de la BD. Elle tournait autour de la situation de la Bande Dessinée au Sénégal.



Estimes-tu que cette première édition a eu du succès auprès du public ?


̶ Oui, cette première édition a eu beaucoup de succès, en témoigne la grande foule spectatrice durant ces 48H. L’événement a d’ailleurs fait l’objet un article dans le quotidien Le soleil.


Maintenant, parlons de ton second métier, en relation directe avec le premier : illustrateur de Bandes Dessinées. Tu as déjà créé et produit en autoédition deux BD : CAYOR et SIDY. Déjà, pourquoi avoir choisi de produire tes BD en autoédition ? Mais est-ce réellement par choix ?


̶ Effectivement, j’ai d’abord publié SIDY en avril 2019 et ensuite, CAYOR en novembre 2019.

Pour SIDY, je n’avais pas le temps de chercher une maison d’édition, car je voulais le sortir à l’occasion du « Festival du manga et du cosplay » qui a eu lieu du 20 au 22 avril 2019 à la Place du Souvenir Africain. Alors je me suis lancé dans l’autoédition pour recevoir rapidement mes livres sans passer par certains protocoles. Ce fut ma première bande dessinée reliée.



Pour CAYOR, c’est un peu différent. Je suis allé voir quelques maisons d’édition, mais rapidement je me suis rendu compte que ces maisons étaient assez sceptiques à la production de BD. En effet, la BD n’est pas très développée au Sénégal, alors les éditeurs préfèrent ne pas prendre le risque. C’est ainsi que j’ai autoédité le premier tome de CAYOR.

Par ailleurs, l’autoédition a ses avantages dans la mesure où on n’est pas lié à des contraintes contractuelles avec les maisons d’édition, on dispose de tous les droits et il n’y a pas trop d’intermédiaires entre le distributeur et le client.


Quels sont les grands thèmes que tu as choisi d’aborder à travers ces deux BD ? Pourquoi ?


̶ Dans SIDY, les thèmes abordés tournent autour de la vie estudiantine au Sénégal : l’insécurité, les retards de bourse, les difficultés d’avoir un logement au sein du campus, les grèves… J’ai voulu illustrer les situations difficiles que vivent nos jeunes frères à l’Université. Cette idée m’est venue un jour, alors que je rentrais chez moi, ma route a été perturbée par une grève des étudiants. Ce jour-là, j’ai continué mon chemin à pied, car les routes étaient barrées par des pierres, des brandes et des pneus en combustion. C’est ce spectacle de chaos qui m’a poussé à faire une histoire qui tourne autour de l’Université de Dakar.



Pour CAYOR, les thèmes abordés tournent autour des anciens royaumes du Sénégal, de la mythologie sénégalaise, des castes et de la magie. En effet, il s’agit d’une BD d’aventure, de fantaisie, style manga Africain. J’ai toujours voulu créer ce genre d’histoire, car ça n’existe pas au Sénégal. Nos jeunes frères méritent de lire des histoires bien de chez eux, avec un héros à travers duquel ils pourront s’identifier. Aujourd’hui, nous apprenons l’histoire de toutes les civilisations étrangères, mais nous oublions la nôtre qui est pourtant riche et intéressante. C’est dans cet esprit que j’ai créé CAYOR.



Un petit mot d’auteur au sujet de tes deux héros, Sidy et Mody (BD Cayor), entre fiction, faits historiques et réalité ?


̶ Sidy et Mody sont deux héros que tout oppose. L’un est plutôt calme, pacifique et hésitant, tandis que l’autre est turbulent, bagarreur et déterminé.

De même, leurs univers sont carrément différents. L’univers de Sidy est plutôt réaliste et contemporain de notre époque. L’univers de Mody est en même temps fictif, historique et mystérieux.


Ça fait ainsi deux mondes opposés et deux styles différents. Dans tous les cas, au-delà de leurs différences, ces deux personnages possèdent de belles valeurs à transmettre à leurs lecteurs.



Sur quelle citation souhaites-tu laisser nos lectrices et lecteurs ?


« Plus le combat est dur, plus la victoire est belle » Booba.

Seydina Issa, je te remercie grandement d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Je te souhaite beaucoup de succès dans la réalisation et la distribution de tes BD, et j’attends avec impatience les prochains tomes pour découvrir la suite des aventures de Mody et de Sidy !


C’est moi qui te remercie pour cette invitation. C’est avec joie que je partage mon expérience avec toi et les lecteurs de ton site internet, un site très intéressant que je recommande d’ailleurs à nos chers lecteurs. Merci Béatrice.


Pour découvrir le travail artistique de Seydina Issa SOW et commander ses BD :

Téléphone : +221 77 208 67 62 / email : sowseydinaissa3@gmail.com

Sur Facebook et sur Instagram




Les BD de Seydina sont disponibles dans les librairies les 4 Vents, la librairie Didactika et la librairie papeterie Clairafrique, à Dakar.


Crédit photo : SIS Illustration, l'Institut français Dakar et Bernier-Barbé Béatrice


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