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Mon témoignage sur l'anosmie


BERNIER BARBE Béatrice témoignage anosmie 2024
Béatrice Bernier-Barbé Auteure témoignage sur l'anosmie

27 février : Journée mondiale de l'anosmie


La science définit l’anosmie comme suit : « diminution ou perte complète de l’odorat ».

Certaines personnes naissent sans odorat, d’autres le perdent en cours de route, soit à cause d’un traumatisme cérébral (suite à une lésion, un choc, un accident), soit après avoir contracté une maladie comme le SARS Covid2 et son fameux variant Delta, par exemple.

L’année dernière, on estimait que les troubles olfactifs touchaient entre 5% et 15% de la population en Europe et aux Etats-Unis.


Certains patients arrivent à récupérer partiellement ou totalement leur odorat notamment grâce à des séances durant lesquelles on rééduque la personne en lui faisant méthodiquement réapprendre les odeurs et les senteurs.

Malheureusement ce protocole de rééducation ne fonctionne pas sur tout le monde.


Beaucoup de personnes ont vécu l’expérience de la perte de l’odorat (et souvent du goût avec), mais cela n’a duré que quelques heures, ou quelques jours, pour eux. Rapidement, leurs facultés olfactives sont réapparues, souvent bien plus fortes qu’avant d’avoir perdu ce sens. Et des années plus tard, elles se souviennent juste qu’elles ont vécu une expérience « très bizarre ».


L’objectif de ce post n’est pas de se pencher sur le côté scientifique de l’anosmie, mais plutôt d’apporter un témoignage de ce que c’est que de vivre sans odeur.

Ce témoignage est le mien.


Je vis depuis bientôt trois ans dans un monde où les odeurs n’existent plus. Je suis ce que l’on appelle dans le jargon médical une personne porteuse d’un handicap invisible. Bien que le terme « handicap » ne me sied pas (comme pour la plupart d’entre nous), c’est pourtant ma réalité. Une réalité que la majorité de mes proches ont tendance à oublier, ce que je ne saurais leur reprocher dans le sens où moi-même je pourrais être tenté d’occulter l’anosmie, excepté dans des moments où le rappel se fait violent.


J’ai perdu le goût et l’odorat durant l’été 2021, en attrapant le Covid.

Je me suis réveillée un matin malade, avec les symptômes méchants dûs au covid et, comme d’habitude, je me suis préparée un premier café bien sucré, que j’ai commencé à boire. Il n’avait aucun goût. Je serais tenté de dire qu’il avait le goût de l’eau, mais ce serait faux car même l’eau a un goût. J’ai alors passé ma matinée à faire des tests gustatifs. Presque tout y est passé : du citron au gros sel du Lac Rose, puis du kaani (piment) au miel. On aurait dit une apprentie sorcière en train de retourner sa cuisine à la recherche de la solution miracle !

La conclusion était sans appel : j’avais perdu le goût. Ce n’est qu'après, dans la journée, que j’ai réalisé que j’avais aussi perdu l’odorat. J’étais alors en train d’appliquer des huiles essentielles dans toute la maison. Je crus d’abord que les huiles avaient pris la chaleur et n’émettaient plus d’odeur… jusqu’à ce que ma famille me demande d’arrêter d’en pulvériser sous peine de leur donner la migraine ! Et ce jour-là, après avoir utilisé mon palais comme un crash-test de laboratoire, j’en fis de même avec mon nez en reniflant je-ne-sais-plus-combien de produits odorants et de parfums qui me tombaient sous la main. Là encore, la conclusion était sans appel : plus d’odorat, plus rien ! A part un gros mal de crâne à force de sentir trop de choses, en trop peu de temps.


La première crainte fut celle de ne pas être capable de sentir une fuite de gaz ou un départ de feu. La seconde, celle que la perte de l’odorat puisse s’inscrire dans la durée.

Quand, au bout de trois jours, je récupérais peu à peu mon goût (mais jamais comme il avait pu être développé avant le Covid), je me rassurais en me disant qu’il en serait de même pour l’odorat.

Les mois sont passés. J’ai de nouveau attrapé le Covid (trois fois de plus au moins, j'avoue qu'au bout d'un moment j'ai arrêté de compter) en pensant qu’après l’épisode maladie, l’odorat reviendrait peut-être comme cela avait été le cas pour certains amis.

J’ai attendu (j’attends encore, parfois)… rien.


J’ai donc appris à vivre sans, ou plutôt avec l’absence des odeurs et des senteurs, des parfums et des effluves, celles de l’odeur si particulière de la pluie en hivernage qui inonde la terre battue, celles des gens que j’aime.

J’ai vécu ce « sans » selon différentes étapes : l’incompréhension d’abord, la peur ensuite, la colère après, la tristesse, et certainement aujourd’hui la résignation, accompagnée d’une certaine adaptabilité pour compenser ce « sans ».

Tous ces stades m’ont fait prendre conscience que l’odorat n’est pas un sens anodin, même si ce n’est pas le plus handicapant que l’on puisse perdre, selon moi.


J’ai, par la suite, réalisé que l’odorat est interconnecté aux souvenirs et du coup, aux émotions. Une odeur rappelle un moment heureux de l’enfance, de notre vie.

Lorsque l’on évolue dans un monde sans odeur, on se demande si cette perte des senteurs ne fera pas qu’à un moment, des souvenirs précieux finiront eux aussi par s’effacer de notre mémoire, évaporés dans les méandres du temps.


Alors, perdre son odorat, ce n’est pas la fin du monde, mais c’est la fin d’un monde dans lequel il manque dorénavant un sens.

Le cerveau et le corps humain sont assez extraordinaires : ils se mettent à compenser du mieux qu’ils peuvent ce « sans » et développent des techniques d’adaptation pour faire face par exemple à des dangers potentiels. Bref, ils font du mieux qu’ils peuvent, et l’expérience est parfois surprenante.


Ce qui fait que je reste positive, c’est que j’essaye de partir du principe que tout est juste, que la vie est une succession d’expériences qui nous sont envoyées exclusivement parce que nous sommes capables de les dépasser, que le destin, le Karma, choisissez le mot qui résonne le mieux pour vous, nous envoie des épreuves que nous avons choisi de vivre avant notre incarnation et de dépasser.

J’ai lu quelque part, il y a peu de temps, cette phrase : « Your only limit is yourself », votre seule limite, c’est vous-même. Cette phrase tombait à pic, un jour où j’étais un peu raplapla, disons. Je les remercie là-haut pour ce petit rappel, c’était exactement ce dont j’avais besoin à ce moment-là.


Le 27 février est la journée mondiale de l’anosmie depuis 2018.

Cette journée est à l’initiative de l’Association ANOSMIE . ORG dont je vous mets le lien ici, pour celles et ceux qui voudraient en découvrir plus sur le sujet.



Je souhaiterais terminer ce témoignage avec un petit mot à l’attention de toutes celles et ceux qui pensent que c’est formidable d’être anosmique car nous sommes débarrassés des odeurs désagréables auxquelles nous sommes exposés au quotidien.

Sachez que ne plus sentir les odeurs des poubelles lorsque le camion de ramassage passe dans le quartier, ou celles de la litière pleine du chat, ne compensera jamais en rien celle de ne plus sentir l’odeur si singulière de la peau de son enfant.

Chaque sens est là pour une bonne raison ! Les Anglais ont une maxime : « To adapt or to die », traduisible par S’adapter ou mourir. C’est ce que nous autres, les anosmiques, faisons tous les jours.


Enfin, je souhaite adresser mon soutien, ma compassion à toutes celles et ceux qui sont comme moi, mais qui vivent cet état bien plus mal que moi : courage, vous n’êtes pas seuls. Il existe de nombreuses personnes dans la même situation que vous, ainsi que des associations, des groupes sur les réseaux où chacun partage son expérience, témoigne de son histoire, apporte du réconfort.


Je vous souhaite, je nous souhaite une belle journée mondiale des anosmiques à travers la planète !


BBB


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