RÉPARER LES VIVANTS – Maylis de Kerangal – Roman

Dernière mise à jour : 21 févr.


reparer les vivants maylis de kerangal
Réparer les vivants

Où allons-nous ? Au nord de la France, au Havre.


À quelle époque ? Contemporaine


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Simon Limbres, vingt ans, a une passion : le surf. Et pour assouvir cette passion, il est prêt à plonger dans une eau ne dépassant pas les 10°. Accompagné de ses deux meilleurs copains, il part surfer aux aurores, un dimanche matin. Sur le chemin du retour, les trois amis ont un accident de voiture. Christophe et Johan sont attachés, mais pas Simon, une troisième ceinture faisant défaut dans le van recouvert d’autocollants hawaïens.


Sa mère, Marianne est la première prévenue, par téléphone. Elle confie sa fille de sept ans à sa voisine et se précipite à l’hôpital.


« Je veux voir Simon – affolée la voix, le regard qui déconne, les mains qui se dispersent. Je veux voir Simon, c’est tout ce qu’elle a dit, alors que le portable vibrait pour la énième fois au fond de la poche de son manteau –la voisine qui garde Lou, les parents de Chris, ceux de Johan, mais toujours aucun signe de Sean, où est-il ? Elle tape un texto : appelle-moi. » (P.65)


À mon humble avis :


Dès le départ, ce roman est une course poursuite contre le temps. Toute l’action se déroule en 24 heures, du moment de l’accident jusqu’aux transplantations des organes de Simon ! Car Simon est en état de mort cérébrale. Il ne se réveillera pas. Mais il peut encore sauver des vies.


Ce qui fait la différence :


Tout d’abord la thématique, incontestablement. Ici, les âmes sensibles devront s’abstenir, car, dès le départ, on sait que ce ne sera pas une happy end pour Simon, Marianne (sa mère), Sean (son père) ou encore Lou (sa petite sœur) et Juliette (sa petite-amie).

L’introduction du personnage de Thomas Rémige donne la possibilité à l’auteure de nous expliquer comment fonctionne le don d’organe en France, et tout le protocole d’accompagnement mis en place pour la famille du défunt.


« Sean et Marianne sont installés côte à côte dans le canapé, gauches, intrigués bien qu’ébranlés, et, sur une des chaises vermillon, Thomas Rémige, lui, s’est assis, le dossier médical de Simon Limbres tenu dans les mains. Cependant, ces trois individus ont beau partager le même espace, participer de la même durée, en cet instant, rien n’est plus éloigné sur cette planète que ces deux êtres dans la douleur et ce jeune homme venu se placer devant eux dans le but –oui, dans le but – de recueillir leur consentement au prélèvement d’organes de leur enfant. » (P. 124)


Ensuite, il y a le style de Maylis de Kerangal : C’est vif et urgent ! Aucun moment pour reprendre son souffle. Beaucoup de virgules, très peu de points. Pourtant, que peut-il rester d’urgent lorsque la mort sonne à la porte ? Ceux qui sont de l’autre côté et qui attendent un cœur. Vers la moitié du roman, Maylis de Kerangal nous fait basculer du côté des vivants, pour qui chaque minute compte.


« Ce sera peut-être un oui, plus sûrement un nom, donc, cela arrive – un tiers des entretiens s’achèvent par l’expression d’un refus – mais pour Thomas Rémige, un refus limpide valait mieux qu’un consentement arraché dans la confusion, obtenu aux forceps, et regretté quinze jours plus tard par des personnes que le remord ravageait, qui perdaient le sommeil et sombraient dans le chagrin, faut penser aux vivants dit-il souvent, mastiquant le bout d’une petite allumette, faut penser à ceux qui restent. […] Enterrer les morts et réparer les vivants. » (P.139 et P. 140)


Ce roman a reçu de nombreux prix : le prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama (ancien prix France Culture-Télérama), le grand prix RTL-Lire 2014 ainsi que par le prix des lecteurs de l'Express-BFM TV15, le prix Relay16, et le prix Orange du Livre17. De plus, l’ouvrage fut adapté au cinéma en 2016. Pour voir la bande-annonce du film, cliquer ici.


Belle lecture à vous et bravo à l’auteure pour ce roman engagé et poignant !


304 pages / Janvier 2014 / Editions Folio


#reparerlesvivants #maylisdekerangal #folio #roman #janvier2014 #adaptationaucinema #france #prix #dondorgane #greffe

22 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout