DE QUOI AIMER VIVRE – Fatou DIOME – Nouvelles

Dernière mise à jour : 21 févr.


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De quoi aimer vivre

Où allons-nous ? En France et au Sénégal


À quelle époque ? Contemporaine


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Ce nouvel ouvrage de Fatou Diome est composé de huit nouvelles contemporaines. De la capitale française aux îles du Sine Saloum en passant par les Alpes, l’auteure nous embarque une fois de plus dans un voyage où son écriture transcende les frontières des cultures et du temps.


« Djoundjoung ! […]

Pour vous, toujours, je tape le djoundjoung. Merci de m’avoir donné de quoi aimer vivre. »


Dans « Une fenêtre pour les anges », nous faisons la connaissance d’Andy, qui « traîne la croix de la poliomyélite, vaillamment, silencieusement ». De temps à autre, l’auteure et Andy partagent un repas au restaurant du coin, sous le regard mesquin et fort peu chaleureux des cancanières du quartier Parisien.


« Alors que son fardeau aurait aplati une mule, comment se débrouillait-il pour danser la valse des jours sans broncher ? Le voyant claudiquer, osciller, manœuvrer sa jambe récalcitrante et clopiner encore, vous plaindre d’un rhume vous semblait soudain indécent.» (P.13)


« Indémodable », c’est l’histoire d’une petite robe qui a connu ses heures de gloire, mais qui maintenant se désole de ne plus être portée par sa propriétaire, une « môme » dont la voix si particulière résonne encore parfois à nos oreilles.


« La petite robe ! disent-ils. Mais sont-ils assez grands, eux, pour se souvenir, comme moi, de ces banquets où les seigneurs de leur époque s’enorgueillissaient de m’avoir à leur table ? » (P.73)


Dans « sept mots par semaine », Octave est secrètement amoureux de la boulangère de son quartier chez qui il prend son pain tous les matins, à la même heure. Le personnage est fort peu enclin à fréquenter le genre humain qu’il trouve particulièrement bruyant, surfait et dénué d’intérêt. Reste à savoir s’il parviendra à dépasser sa timidité pour confier ses sentiments amoureux à la jolie Candice.


« Quelle est l’épaisseur de la paroi qui sépare l’humain de sa propre vérité, le tient à distance de lui-même ? Par combien faut-il la multiplier pour imaginer le mur qui nous sépare les uns des autres ? Réciproques, les peurs s’additionnent et se juxtaposent, éloignant ceux qui rêvent de rapprochement. Comment se dévoiler en se protégeant de la vulnérabilité de l’aveu ? Ancestrale question !» (P.124)


À mon humble avis :


La plume de Fatou Diome est toujours aussi envoûtante ! L’auteure excellente dans l’art de vous embarquer sur le chemin d’une vérité criante d’humanité. Une fois de plus, elle donne de grands coups de pied aux préjugés et aux faux-semblants de nos sociétés contemporaines. Lire Fatou Diome et passer de nouvelle en nouvelle, c’est un peu comme danser le sabar à ses côtés, aux rythmes du djoundjoung dans le Sine Saloum.


Dans ces nouvelles, vous trouverez des héros du quotidien, des femmes et des hommes, que l’auteure a rencontrés ou inventés, qu’importe, car le recueil vaut largement le détour, entre fiction et réalité contiguës.


Ce qui fait la différence :


L’ouvrage est truffé de réflexions nues et pertinentes qui ne sauront vous laisser dans l’indifférence. Étant auteure moi-même, je partage celle-ci avec vous car je la trouve extrêmement pertinente:


«Alors, quand on me parle de l’identité d’un écrivain, je réponds : foutaise ! Lire un auteur par et pour ses origines n’est que pure hérésie littéraire. La fragilité de l’humain, les questions existentielles et la vision du monde que les bons auteurs savent nous transmettre rendent toutes les frontières poreuses. Tentaculaire, la généalogie littéraire surplombe toutes les barrières. Nous sommes dispersés sur le globe, mais la littérature nous tisse des liens. Gens de même lecture, gens de même questionnement, gens de même sensibilité au monde, gens de même révolte, gens de même quête. » (P.223)


Chaque nouvelle nous invite ici à une profonde réflexion personnelle sur notre part d’humanité, ainsi qu’à prendre le temps de nous poser les bonnes questions. Qui sommes-nous pour juger l’autre ? Pourquoi ne pas tendre la main et faire résonner l’amour plutôt que de fermer le poing ? Fatou Diome rend également hommage à ceux qui coûte que coûte défendent l’humain et son droit de vivre libre et en paix.


Comment la justice peut-elle chercher à condamner un berger des Alpes qui protège des survivants. C’est l’histoire de Samira et de sa fille, dans « Le bleu de la Roya ».


«Ce jour-là, un berger de la Roya devait se présenter au tribunal de Nice. Celui-là même qui l’avait sauvé, avec sa fille, de la faim et du froid à la frontière italienne, se trouvait menacé par la justice de son pays ! Article L622 : Tu n’accueilleras pas ton prochain ! À quelle balance a-t-on pesé ces lois incriminant le secours, dans ce pays où Descartes a prétendu que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ? […] Si les hommes de loi sont ceux qui se suffisent de leur seule jugeote, quelle plaidoirie pourrait tirer le berger des griffes de Dame Justice ?» (P.180)


Je finirai cette chronique avec une citation extraite de la nouvelle intitulée « La marmite du pêcheur » et qui m’a également interpellée. Fatou Diome nous embarque sur l’île de Niodor, dans la famille de Faaly, un pêcheur du Saloum, qui mène une lutte quotidienne pour nourrir sa famille.


«Entre les palétuviers, si loin du Gange, le Saloum filait, charriait sa lassitude en quête de délivrance. Les bassines d’eau versées à chaque douche ne débarrassaient pas Faaly de l’amertume qui s’accumulait au fond de sa gorge. Tout en se savonnant, il ruminait, s’interrogeait : Telle une enjôleuse qui vous cajole et vous file sa vérole, la mer nourrit les hommes au prix de leur vie. Mais à quoi bon toutes ces journées dans la saumure pour rien ? Combien de temps pourrons-nous tenir ainsi ? Qu’adviendra-t-il de nous ? » (P.197)


Belle lecture à vous et bravo à l’auteure!


Le résumé officiel :


« Pour qui ne craint pas la noyade, la lune n’est jamais loin. Elle se reflète dans toutes les eaux, flotte entre toutes les paupières. N’est-ce pas son éclat qui fait briller les yeux des amants et leur donne le pouvoir ensorceleur ? »


À partir de simples instants de vie, Fatou Diome scrute les comportements et sonde les cœurs d’une galerie de personnages rêvés ou croisés : qu’ils aient le cœur en berne ou comblé, tous savent, au fond, que l’amour est la grande affaire de nos vies.


Vingt ans après La Préférence nationale, Fatou Diome renoue avec la nouvelle, genre dans lequel elle excelle, et nous démontre, avec brio et malice, que « chercher le bonheur c’est oser le vertige ».


240 pages / Mars 2021 / Aux éditions Albin Michel


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