DU BAOBAB AU SAGUARO – Rahmatou SECK SAMB – Roman

Dernière mise à jour : 22 févr.


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Du Baobab au Saguaro

Où allons-nous ? À Bargny, principalement (Sénégal)


À quelle époque ? Des années 1920 à nos jours


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Daour, le jeune frère de la famille Seck, vient de mourir, loin de chez lui, en Arizona. Suivront dix jours d’attente interminables pour que son corps puisse rentrer au Sénégal, parmi les siens.


« La mort, comme un vautour, a fondu sur sa proie, délice de nos vies, et nous l’a ravie pour toujours. » P.9

« Il n’y a rien de plus douloureux que l’accueil d’un parent décédé au loin. […] Il n’y a rien de plus douloureux que la mort dans l’exil, on devient un bagage parmi d’autres bagages. » P.13

Daour était un homme généreux et apprécié de tous. Il faisait le bien autour de lui dès qu’il en avait l’opportunité et savait partager. Il a toujours porté en lui ce besoin d’évasion, cette nécessité de partir au loin pour découvrir le monde et ses mystères. Son dernier voyage, c’est vers sa terre natale qu’il le fera, pour rejoindre les siens et ses ancêtres Lébou, à Bargny Guedj.


« Bargny ! C’est comme si le temps s’était arrêté, c’était comme si les hommes étaient de pierre. Seuls leurs regards sont mobiles et suivent cet étrange cortège où des prêtresses semblent officier. » P.16

S’en suivra, Du Baobab au saguaro, de l’Afrique à l’Amérique, une conversation intemporelle entre une grande sœur aimante et son frère défunt. Une histoire de famille, mais pas que…


« Papillon éphémère, baobab éternel, tu enviais sans doute ces baobabs, jaloux de leur éternité. Tu enviais aussi le papillon dans sa robe veloutée. Baobabs centenaires sur notre rive, forêts de saguaros dans ton lointain Arizona. » P.31

À mon humble avis :


Cet ouvrage est une mine d’informations sur l’histoire de Bargny et de ses habitants. De l’enfance du chef de la famille Seckeen, dans les années 20, jusqu’aux années contemporaines, en passant par le Bargny des années 60, Rahmatou Seck Samb réussit le valeureux pari d’immerger sa lectrice / son lecteur dans l’univers particulier de cette terre d’argile et de ses habitants, les Bargnois et les Bargnoises. À travers son texte, je me suis baladée avec intérêt et délice dans les rues de la ville. Je suis passée d’une concession à une autre, j’y ai rencontré ses habitants, j’y ai découvert une part de leurs vies.


« Des maisons en enfilade dont chacune s’ouvre sur une autre. La porte de devant accueille le visiteur, celle de derrière s’ouvre sur la cour du voisin. C’est la porte de l’amitié, c’est la porte de la convivialité, c’est la porte de la confiance mutuelle. » P.89

Du baobab au saguaro est à la fois le magnifique hommage d’une sœur envers son frère bien aimé, parti trop tôt, mais également un héritage littéraire pour toutes celles et tous ceux qui vouent un attachement viscéral à leur ville.


« Que cherchent-ils dans ce bout de terre, plateau de calcaire et d’argile ? Ils cherchent tout, parce que rien. Ils ne cherchent rien parce que Bargny est tout. Ah ! Daour ! Tu n’échappais pas non plus à cet attachement irraisonné à ta ville et à ses vieux pa’. » P.75

Ce qui fait la différence :


Rahmatou Seck Samb est une auteure accomplie avec un style littéraire d’une grande qualité qui ne saurait se limiter à une rétrospective de l’histoire de sa ville natale. Elle pousse bien plus loin la réflexion et nous emporte vers un tourbillon de questionnements au sujet de l’immigration d’hier et d’aujourd’hui.


« Notre jeunesse brave l’océan et les requins, elle brave les sables du Sahara, et les goulags maghrébins, elle brave les barbelés et les chiens furieux. La peur au ventre, la peur aux trousses : cette peur d’échouer et de devoir rencontrer le regard éperdu d’une mère qui a tout misé sur ce départ. » P.118

Elle rend également de nombreux hommages et réhabilite à leur place légitime les héros de l’Histoire, trop souvent oubliés. C’est une partie de l’histoire de vie d’un enfant qui, pour aller à l’école, devait tous les jours, à force de courage et de volonté, parcourir de nombreux kilomètres pour accéder au savoir. C’est également l’histoire de tous ces hommes qui durant la Seconde Guerre mondiale se sont battus et sont morts pour défendre la France, ces « pères combattants de la liberté », ces milliers de soldats africains.


Et puis, dans la plume de Rahmatou Seck Samb, il y a tant à apprendre et à découvrir. Elle partage avec son lectorat les us et coutumes Lébous, riches en enseignement et en tradition. De l’importance du rituel des funérailles chez les Lébous, en passant par la légende de « la promise de Thoupan », l’auteure nous instruit et sait également nous faire rire, par moment, en introduisant des comparatifs culturels qui semblent incomparables. Et pourtant…


Enfin, il semble impossible de faire l’impasse sur les trois fils de la concession Seckeen, aux tempéraments très différents, mais si complémentaires.


« Pape Seck a été très marqué par nos trois pères. De mon père Issa, il a pris la générosité et l’esprit de famille. De Baay Boubou, il a pris l’esprit de tolérance et la sollicitude. De Baay Njool, il a hérité la distinction et l’éloquence. Pape Seck est sans nul doute l’héritier de Seckeen… » P.58

Il y aurait encore tant à dire au sujet de ce roman, mais je dois m’arrêter là pour vous laisser le plaisir de découvrir la plume subtile, raffinée et nourrissante de Rahmatou Seck Samb.


Bravo à l’auteure et belle lecture à vous!


179 pages / 2009 / Aux Éditions NEI CEDA


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