DU MIEL SOUS LES GALETTES – Roukiata OUEDRAOGO – Roman

Dernière mise à jour : 21 févr.


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Du miel sous les galettes

Où allons-nous ? Au Burkina Faso et en France


À quelle époque ? Contemporaine


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Bienvenue dans la famille burkinabè des Sankaké. La mère, le père et leurs sept enfants. Les Sankaké vivent à Fada N’Gourma, une ville fondée par le plus populaire des souverains du royaume du Gourma, Yandabili, au XVIIIème siècle. La famille s’en sort grâce au travail de fonctionnaire du père, aux tontines et au commerce de la mère, jusqu’en Côte d’Ivoire et au Mali.


«La pratique de la tontine est très courante en Afrique. Elle fait partie de ses mille et une manières simples et pratiques qu’ont les populations démunies de compenser, comme elles le peuvent, les grands déséquilibres de l’économie mondiale. » (P.17)


Mais un matin, alors que la pluie de la veille continue de tomber, « régulière et bienfaisante », deux inconnus austères et mystérieux se présentent à la porte de la concession familiale.


« « C’est bien la cour de M. Sankaké, ici ? », demande le premier, un homme de taille moyenne, plutôt grassouillet. […] Il entra dans la cour en passant devant Malik sans demander l’autorisation, ni même se présenter. Il se planta devant mon père d’un air déterminé. « Monsieur Sankaké Hamado, vous êtes en état d’arrestation. Veillez nous suivre, s’il vous plaît. » »(P.27)


À mon humble avis :


Ce premier roman autobiographique de Roukiata Ouedraogo est une véritable perle à découvrir absolument. L’écriture y est fluide, parfois cinglante, souvent drôle, mais toujours passionnément humaine.


L’auteure nous y fait partager son enfance et l’histoire de vie de sa famille avec beaucoup d’humilité et de dextérité. Pour notre pur bonheur littéraire, Roukiata Ouedraogo nous livre ici un conte des temps modernes dans le respect des traditions africaines de l’oralité.


Ce qui fait la différence :


Ce roman est avant tout, selon moi, un très bel hommage rendu par l’auteure à sa mère, une femme courageuse qui se retrouve à tout assumer lorsque son mari est incarcéré sans preuve tangible. C’est le combat poignant d’une héroïne du quotidien qui, pour tenter de faire libérer son mari, ne va pas hésiter à partir avec son bébé noué dans le dos, plusieurs fois, jusqu’à Ouagadougou, et à taper aux portes de personnalités influentes.


« Maman avait toujours été une femme entreprenante. Elle ne pouvait plus aller en Côte d’Ivoire ou au Mali, ni organiser ses tontines mais cette petite activité était sa manière de se battre. Le pire eût été qu’elle baisse les bras, comme Mariame, trop faible pour faire face à la dureté de la vie. Le tempérament de maman lui interdisait de renoncer. » (P.51)


Comme lors de ses interventions à la radio ou sur scène, Roukiata Ouedraogo sème, tout au long de son ouvrage, des réflexions pertinentes et sensibles au sujet de l’Afrique et de l’Occident.


Je finirai cette chronique sur une note d’humour, un passage du livre durant lequel j’ai beaucoup ri, « le match (de foot) des mamans » !


« C’est ainsi que, un jour, j’ai assisté à un match de foot entre l’équipe des mamans du quartier du secteur 10 et l’équipe des mamans du quartier du secteur 11. […] La vraie difficulté avait été de trouver un arbitre incorruptible. On choisit finalement le maire de l’arrondissement, un homme irréprochable. Et dans le souci d’équité communautaire, les deux juges de touche furent respectivement le curé du quartier du secteur 11 et l’imam du quartier du secteur 10. […] L’imam et le curé, vigilants, veillaient de chaque côté du terrain à ce qu’aucun pagne trop relevé ne dévoile une cuisse et qu’aucun sein indiscipliné ne déborde d’un corsage. » (P.146)


Belle lecture à vous et bravo à l’auteure pour ce premier roman!


269 pages / Septembre 2020 / Slatkine & Cie


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