LA PORTE DU VOYAGE SANS RETOUR – David DIOP – Roman historique

Dernière mise à jour : 21 févr.


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La porte du voyage sans retour

Où allons-nous ? En France et au Sénégal


À quelle époque ? De 1750 aux années 1800


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Michel Adanson est un naturaliste français du XVIIIème siècle qui, dans le cadre de ses recherches en botanique, va passer cinq années de sa vie au Sénégal, entre Saint-Louis (au Nord), et la presqu’île du Cap-Vert (sur laquelle se situe Dakar, la capitale actuelle du pays). Mais au début du roman, Adanson est mort et la dernière fois qu’il a foulé le sol de l’Afrique remonte à près de cinquante ans. Il lègue à sa fille unique, Aglaé, devenue une femme à présent, tout ce qu’il possède, et qui semble, à première vue, n’être qu’un innommable fourre-tout de scientifique, sans la moindre valeur. Pourtant, un matin où elle cherche à mettre un peu d’ordre dans les affaires de son défunt père, Aglaé découvre un trésor : son père lui a légué son plus bel héritage sous la forme de cahiers de notes.


« Pour Aglaé, ma fille bien-aimée, le 8 juillet 1806. Je me suis effondré sur moi-même comme un arbre rongé de l’intérieur par les termites. Il ne s’agit pas seulement de l’effondrement physique auquel tu as assisté ces derniers mois de ma vie. Bien avant que ne se rompe spontanément mon fémur, autre chose s’est brisé en moi. Je sais à quel point précis : tu en découvriras les circonstances si tu acceptes la lecture de mes cahiers. Quand tous les paravents que j’avais dressés autour de mes souvenirs les plus douloureux sont tombés, j’ai compris que je devais te raconter ce qui m’est vraiment arrivé au Sénégal. Je n’avais que vingt-trois ans lorsque j’y suis allé. Mon histoire n’est pas celle que tu as pu lire dans la publication de mon récit de voyage : il s’agit plutôt de te narrer ma jeunesse, mes premiers regrets et mes derniers espoirs. » (P.49)


Commence alors la véritable histoire de « La porte du voyage sans retour », de Paris à Saint-Louis, en passant par l’île de Gorée. Adanson y découvre une faune et une flore luxuriantes, il y rencontre également un peuple et une culture qui rapidement le subjuguent de par son humanité et sa simplicité de vivre. Pour faciliter la communication, il apprend même le wolof. Rapidement, il se détache de ses compatriotes esclavagistes, rustres et imbus d’eux-mêmes pour se rapprocher des autochtones envers qui il ne se sent en rien supérieur. Souvenez-vous, nous sommes au XVIIIème siècle et le commerce triangulaire va bon train !


« Je suis donc parti au Sénégal à la recherche des plantes, des fleurs, des coquillages et des arbres qu’aucun autre savant européen n’avait décrits jusqu’alors, et j’y ai rencontré des souffrances. Les habitants du Sénégal ne nous sont pas moins inconnus que la nature qui les environne. Pourtant nous croyons les connaitre assez pour prétendre qu’ils nous sont naturellement inférieurs. » (P.54)


À mon humble avis :


Si vous aimez les romans historiques, d’aventures, et qui relatent des faits qui se sont déroulés en Afrique, vous serez conquis.e par le dernier roman de David Diop! Pour ma part, c’est le cas. N’ayant pas lu ses deux premiers romans : « 1889, l’attraction universelle » et « Frères d’âme » (primé deux fois), je découvre, chez cet auteur français d’origine sénégalaise, une plume envoutante qui nous transporte à travers le temps. Entre l’Histoire et le style romanesque, « La porte du voyage sans retour » est un hymne à l’amour et à la liberté, entre triste réalité et croyances mystiques.


Ce qui fait la différence :


David Diop nous plonge dans un Sénégal colonisé par la France, où des enfants, des hommes et des femmes sont réduits en esclavage par centaines de milliers. Et où se livrent également des guerres violentes entre les différents royaumes : celui du Waalo et celui du Kayor.


« Avais-je oublié qu’il était l’un des fils du roi du Waalo ? Ignorais-je que son père, Ndiak Aram Bocar, avait remporté sur le roi du Kayor une bataille où de nombreux guerriers avaient trouvé la mort ? Je savais en effet que le roi du Kayor avait perdu à la bataille de Ndob, juste avant mon arrivée au Sénégal en 1749, le village côtier de Ndiébène, non loin du fort de l’île de Saint-Louis. » (P.85)


Se crée également une amitié improbable avec le jeune Ndiak, fils du roi du Waalo, à peine âgé de douze ans lorsqu’il sert de guide et de traducteur à Adanson. Malgré leur différence d’âge et de culture, ils vont tisser de réels liens fraternels et pourront compter l’un sur l’autre dans les moments les plus difficiles.


Et puis, bien sûr, il y a « la revenante » dont Michel Adanson entend parler pour la première fois un peu plus de deux ans après être arrivé à Saint-Louis. Il se rend à pied dans le village de Sor, à une heure de marche de la capitale Saint-Louisienne et découvre une légende. La nièce du chef du village, Maram Seck, a disparu depuis trois ans dans la forêt, sur le chemin qu’ont emprunté Adanson et Ndiack pour venir jusqu’à eux. Elle était alors âgée de seize ans. Pourtant Maram connaissait bien le monde des plantes et des animaux. La brousse n’avait pas de secret pour elle. Adanson se met alors en tête de partir à sa recherche.


« J’avais deviné que Ndiak était aussi curieux que moi de connaître le destin de la revenante quand je lui annonçai mon désir de partir à sa recherche au Cap-Verd. Je connaissais la dureté de l’esclavage des Nègres aux Antilles et aux Amériques et je me demandais comment l’histoire de Maram pouvait être possible. » (P. 67)


Michel Adanson avait pour ambition de publier une encyclopédie universelle sur l’histoire naturelle du Sénégal. Il devra finalement renoncer à ce rêve démesuré pour un seul homme. Mais, en contrepartie, les nombreuses notes qu’il laissera aux générations futures permettront d’être une grande source d’inspiration à d’autres, comme David Diop, par exemple.


« La porte du voyage sans retour » est en compétition pour le prix Goncourt 2021.

Retrouvez également ma chronique sur le site : Au plaisir de lire.

Belle lecture à vous et bravo à l’auteur pour ce nouveau roman !


256 pages / Aout 2021 / Éditions Seuil


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