LE MALHEUR DE VIVRE - Ndèye Fatou KANE – Roman

Dernière mise à jour : 22 févr.


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Le Malheur de Vivre

Où allons-nous ? Au Sénégal et en France


À quelle époque ? Aux débuts des années 80


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Sakina Bâ, la vingtaine, brillante et belle étudiante, est la fille unique et chérie d’Amadou et Mariam . La famille, d’origine sénégalaise, vit et travaille en France, à Paris, depuis une quarantaine d’années. Elle y est propriétaire d’un commerce, le Little Sénégal, dans lequel la communauté africaine et européenne a pour habitude de venir se ravitailler en produits arrivés tout droit du pays de la Teranga. Tous les étés, ils rentrent au Sénégal pour y retrouver leurs proches. Le séjour débute toujours par une quinzaine de jours dans la capitale, puis se poursuit par une visite équivalente dans le village natif des , dans le Fouta, à cinq cents kilomètres à l’Est de Dakar, à Bâydel Mawdo.


Sakina retrouve toujours avec beaucoup de joie ses cousines germaines, Bousso et Salamata. Ensemble, elles bravent les interdits familiaux et religieux en s’échappant le soir de la concession familiale, située dans « le quartier populeux des Parcelles Désassainies » pour rejoindre celui de « La Madina » et son dancing-club le plus en vue à l’époque : Le New Yorker.


C’est ainsi que, dans l’intimité sombre et humide des nuits festives dakaroises, Sakina rencontre Ousmane Wane, « un boy Dakar », dont elle tombe immédiatement et éperdument amoureuse, au premier regard. Pourtant, tout semble les séparer : Sakina vient d’une grande famille sénégalaise, émérite et respectée de tous. Elle est une descendante directe de Thierno Suleiman Bâ. Ousmane est l’ainé d’une famille de huit enfants, originaire d’un petit village du nom de Ndimaal, « dans l’ouest du Sénégal ». Cinq ans plus tôt, il a quitté sa famille pour rejoindre Dakar, dans l’espoir d’y faire fortune et de goûter aux divers plaisirs de la capitale. Et en attendant que le destin lui soit plus clément, il occupe les fonctions de vigile de jour dans un bâtiment administratif du Plateau. Quant à ses nuits, il les occupe à se faire beau et à faire la fête.


« Ousmane, hypnotisé, ne fit rien d’autre que la dévorer des yeux… Il mûrissait un plan pour la revoir, car de toutes les filles qu’il avait rencontrées, il sentait que celle-ci se distinguait… Et rien ne lui plaisait tant que le mystère. Et Sakina était non seulement belle, mais aussi mystérieuse… Et cerise sur le gâteau, Ousmane avait perçu qu’il ne lui était pas indifférent… Ne restait plus qu’à la revoir, et ainsi en savoir un peu plus sur cette belle plante. » (P.29)

À mon humble avis :


J’avoue avoir eu quelques hésitations avant d’acheter ce roman. Pourtant, je l’avais vu plusieurs fois en parcourant du regard les rayons de la librairie où j’ai pour habitude d’aller me ravitailler en livres. Dès le départ, la couverture m’a intriguée, séduite presque, avec ce cœur démantelé en chocolat, mais le titre… Le malheur de vivre, m’a laissé sur mes gardes. Ne considérant pas le fait de vivre comme « un malheur », je savais dore et déjà qu’un ouvrant cet ouvrage, j’allais y découvrir une histoire de vie tumultueuse et emprunte à de nombreux sentiments. Connaissant également l’engagement féministe de l’auteure à travers sa plume, je me doutais que je rencontrerais une jeune-femme en souffrance à laquelle j’allais vite m’attacher. Et que je ferai de sa souffrance la mienne.


Et c’est irrévocablement ce qui s’est produit. Ndèye Fatou Kane, à travers le personnage jeune, pur et ingénu de Sakina, a su me tenir en haleine jusqu’à la fin de son livre.

Je vous avoue avoir par moment refermé le livre, en cours de lecture, pour me dire : « Mais ce n’est pas possible d’être aveuglée à ce point-là ?! Quand est-ce qu’elle va prendre conscience de la réalité de la situation ? ». Mais j’en oubliais alors moi-même à quel point l’amour peut nous rendre crédule et dénué(e) de bon sens.


« Bien que ne connaissant pas Ousmane depuis fort longtemps, elle le considérait d’ores et déjà comme faisant partie de sa vie. Raison pour laquelle elle se confia à lui sans fioriture… Elle lui parla de sa vie en France, des cours qu’elle suivait à la fac, cours auxquels elle n’allait que sous la contrainte de ses parents, l’ennui qu’elle éprouvait dans cette vie parisienne si monotone, la joie qu’elle ressentait au moment de venir en vacances au Sénégal, où elle retrouvait ses chères cousines et amies. » (P.44)

Ce qui fait la différence :


L’auteure nous invite à de nombreuses réflexions au sujet de l’amour, de la famille, des valeurs et des traditions, mais également de la confiance que l’on peut porter à un être auquel on est éperdument attaché. Sakina aura pourtant droit à maintes mises en garde. Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui seront à son écoute, qui tenteront de lui venir en aide. Restera à vérifier si la citation de Blaise Pascal, « Le cœur a ses raisons que la raison ignore », s’appliquera à l’idylle de Sakina et Ousmane. C’est ce que je vous invite à découvrir en lisant cet ouvrage.


Je pense sincèrement que ce roman devrait être largement lu par les jeunes-filles avides de sensations fortes amoureuses. Le malheur de vivre m’a fait penser à un conte moderne, non pas qu’il s’agisse un roman moralisateur, mais plutôt d’une démarche de bienveillance et de prévention à l’égard de la gent féminine, qu’elle soit africaine ou européenne, d’ailleurs, de la part de l’auteure engagée et féministe qu’est Ndèye Fatou KANE. C’est du moins dans ce sens que j’ai perçu son ouvrage. À mes yeux, Sakina, c’est un peu la Cendrillon(1982) du groupe de musique Téléphone : « Elle part, Jolie petite histoire »… Passé un certain âge et quelques expériences de vie, on connaît la chanson. On ne se laisse plus berner par un pseudo prince charmant, mais lorsque l’on a à peine vingt printemps, que sait-on vraiment de l’amour ?


Belle lecture à vous!


176 pages / Avril 2014 / Aux Editions de L’Harmattan Sénégal


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