RESTE AVEC MOI – AYÒBÁMI ADÉBÁYÒ – Roman

Dernière mise à jour : 21 févr.


reste avec moi ayobami adebayo
Reste avec moi - Prix des Afriques 2020

Où allons-nous ? Au Nigéria


À quelle époque ? Des années 80 aux années 2010


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Yejide rencontre Akin, son futur mari, alors qu’elle est encore à l’université. Tout de suite, c’est le coup de foudre. Rapidement, ils décident de se marier. Akin bénéficie d’une très bonne situation professionnelle dans une banque de la place et Yejide possède un salon de coiffure dont la réputation n'est plus à faire. Le couple coule le parfait amour, mais, voilà, une ombre vient assombrir le tableau idyllique : après quatre années de mariage, Yejide n’est toujours pas enceinte. Et la belle-mère de Yejide, l’une des quatrièmes femmes de son père, décide de prendre les choses en main.


« Je m’étais attendue à ce qu’ils me parlent de ma stérilité et je m’étais armée de milliers de sourires. Des sourires d’excuses, des sourires ayez-pitié-de-moi, des sourires je-me-suis-tournée-vers-Dieu – tous les sourires hypocrites sans lesquels il est impossible de passer un après-midi entier avec des gens qui prétendent vouloir votre bien alors qu’ils remuent le couteau dans la plaie – et j’étais prête à les décrocher. […] J’étais disposée à fermer mon salon de coiffure toute la semaine pour partir en quête d’un miracle avec ma belle-mère dans mon sillage. Ce à quoi je ne m’étais pas attendue, c’était à une autre femme souriant dans la pièce, une femme jaune avec une bouche rouge sang, rayonnante comme une jeune mariée. » (Yejide à la P.19)


À mon humble avis :


Ce premier roman d’Ayobami Adebayo est une grande réussite littéraire ! Le texte est fluide, l’histoire est captivante, le rythme est soutenu, et les thématiques délicates abordées y sont nombreuses : stérilité, problèmes de couple, polygamie, sacrifices, deuils. Le tout sur un fond de crise politique et économique omniprésente et particulièrement anxiogène.




Ce qui fait la différence :


Ce qui donne de la force au récit de l’auteure, c’est également son choix délibéré de nous faire passer à la fois dans la tête de Yejide, mais aussi dans celle d’Akin.


Ici, tout le monde est coupable, mais tout le monde est aussi victime. Coupable de ses mensonges, coupable de sa faiblesse, coupable de sa folie et de ses manigances. Victime d’un carcan de pensées, victime d’une société, victime du destin.


«Je ne pensais pas à Akin, qui m’aurait sans doute traitée de folle. Je ne pensais pas à Moomi, qui m’aurait rappelé que sans enfant, je ne garderais pas longtemps ma place dans la maison de son fils. Je ne pensais même pas à Funmi, qui était peut-être déjà enceinte. Je baissai les yeux sur le ballot dans mes bras et je vis le visage de mon enfant, je respirai la senteur fraîche du talc pour bébé. Le miracle s’était accompli et j’y croyais. Lorsque le prophète Josiah me prit le ballot des bras, une impression de vide me saisit. — Va, dit-il. Même si aucun homme ne s’approche de toi ce mois-ci, tu seras enceinte. Je serrai ces mots contre ma poitrine. Ils me remplissaient, me réconfortaient. Je souris en redescendant seule de la montagne, le bout de mes seins encore humides et mon cœur vibrant d’une foi désespérée. » (P.62-63)


Ce roman m’a été offert par La Cène Littéraire. Je profite de cette chronique pour les remercier pour cette attention et cette belle découverte littéraire. Publié pour la première fois en 2019, en anglais aux Éditions Charleston, les francophones que nous sommes ne peuvent que se ravir de la traduction en français de l’ouvrage par Josette Chicheportiche.




Notons que « Reste avec moi », « Stay with me » ou « Rotimi » a remporté le prix littéraire Les Afriques en 2020, face à 26 autres romans dont « Les veilleurs de Sangomar » (de Fatou Diome), « Kintu » (de Jennifer Nansubuga Makumbi) ou encore « Les cent puits de Salaga » (de Ayesha Harruna Attah).


Je vous invite vivement à découvrir ce roman !

Bravo à l’auteure et belle lecture à vous !


Nota Bene: Si vous êtes sur Dakar le weekend prochain, La Cène Littéraire organise un événement littéraire autour de "Reste avec moi", à la librairie Clairafrique (Avenue C.A.Diop), en présence de trois auteurs: Fatimata Diallo, Ndongo Mbaye et Pape Makama Diakhaté. Entrée libre et gratuite.




318 pages / Première parution en français : janvier 2019 / Réédité Aux Éditions Flore Zoa


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