TAXI-BLUES – Nadine PRUDHOMME – Roman

Dernière mise à jour : 22 févr.


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Taxi Blues

Où allons-nous ? Au Sénégal, dans la région de la Casamance et un peu en France


À quelle époque ? Contemporaine


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Vincent, la cinquantaine, est un Français venu se perdre dans cette région du Sénégal : la Casamance. Éminent chirurgien durant de nombreuses années dans son pays, sa vie s’effondre le jour où il perd sa femme, Marion, de manière soudaine. N’arrivant pas à dépasser son chagrin ni à créer des liens de complicité avec ses deux enfants, Simon (18 ans) et Cécile (20 ans), il abandonne le navire familial, tente de fuir le malheur et s’engage auprès d’un programme de sensibilisation et de prévention du paludisme dans cette partie du Sénégal. Mais voilà, les mois passent et Vincent périclite, car son mal-être le poursuit et sa tendance à lever un peu trop souvent le coude également. Plus grand-chose ne le rattache à l’envie de vivre jusqu’au jour où il rencontre Léa.


« Qu’étais-je venu chercher ici ? Un sens à ma vie ? N’étais-je pas en train de la perdre en la mettant à mal par mes excès ? Inconsciemment, je me punissais de continuer à respirer. » P.12

À mon humble avis :


Bien que peu emballée au départ par l’intrigue de ce deuxième roman de Nadine Prudhomme, à savoir l’histoire narrée à la première personne d’un toubab totalement paumé et frôlant l’alcoolisme au fin fond de la Casamance, j’avoue avoir grandement apprécié la lecture de Taxi-Blues dont il me semblait nécessaire de connaître la fin. Le style littéraire est à la fois fluide et raffiné.


Finalement, je me suis attachée au personnage entaché et meurtri de Vincent. Je lui ai souhaité une issue heureuse, malgré ses erreurs et son côté fort peu social. N’a-t-on pas tous droit à une seconde chance pour vivre de nouveau le bonheur de l’instant présent ?


Ce qui fait la différence :


L’auteure maîtrise parfaitement son sujet. Elle nous plonge dans l’atmosphère moite et verdoyante de la Casamance dès les premières lignes du roman. De Ziguinchor, à l’île de Karrabane, en passant par Kachiounane, le lecteur est rapidement séduit par la qualité des détails et les explications données par Nadine Prudhomme. On ressent son amour pour la terre d’Afrique et ses nombreuses connaissances dans le domaine médical.


L’écriture de Nadine Prudhomme, à travers les yeux de Vincent, est imprégnée d’une grande tolérance interculturelle. Bien que parfois surpris et dérouté par certaines pratiques locales, le héros ne juge pas. Il ne tente pas non plus d’imposer son point de vue de « toubib toubab ».


« La façon d’exprimer son bonheur ou son malheur ne se manifestait pas aussi ouvertement qu’en Occident, je sentais cependant la thymie du moment à d’infimes détails de la vie quotidienne. […] Sans le savoir, les Sénégalais me donnaient des leçons de sagesse en vivant aujourd’hui et pas encore demain. » P.29


Je me suis également attachée au personnage d’Adama, en phase terminale d’un cancer, prêt à mourir dans la quiétude au sein de son petit village où musulmans, chrétiens et animistes vivent en parfaite symbiose.


« Cette résignation engendrée par la foi me posait question, me laissait tout à la fois perplexe et admiratif devant l’attitude tranquille de cet homme qui, sachant ses jours comptés, s’en remettait à Dieu. […] Ici, Adama vivrait ses derniers moments, entouré des siens, jamais seul, la concession regroupant une vingtaine de personnes toutes prêtes à lui venir en aide. » P.34

Vincent semble inexorablement perdu dans sa souffrance et sa résilience à vivre, jusqu’au jour où le destin va mettre sur sa route une éveilleuse de conscience au tempérament énigmatique, Léa.


Ce que nous montre également Nadine Prudhomme dans son roman profondément humaniste, c’est que chacun d’entre nous porte sa part de souffrance, due à la perte d’un être cher : une femme, un enfant, un ami. Mais avec le temps, quelques belles rencontres et une conversation à cœur ouvert, cicatriser est aussi possible.


Bravo à l’auteure et belle lecture à vous.


188 pages/ octobre 2007 / Aux Éditions de l’Harmattan


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