UNE SI LONGUE RÉPONSE – Michèle FROISSART – Roman

Dernière mise à jour : 21 févr.


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Une si longue réponse

Où allons-nous ? Au Sénégal, un peu en France ainsi qu’aux États-Unis.


À quelle époque ? Quarante ans plus tard.


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Qui n’a jamais lu le premier roman de la grande écrivaine sénégalaise Mariama Bâ : « Une si longue lettre » ? Classique de la littérature africaine traduit en 25 langues, ouvrage de référence étudié en classe, « Une si longue lettre » est publié pour la première fois en 1979 aux Nouvelles éditions africaines.

Dans ce roman épistolaire, Ramatoulaye Fall raconte à sa meilleure amie d’enfance, Aïssatou, sa vie de femme, mariée à un homme devenu polygame, et sa vie de mère de douze enfants.


Parlons maintenant du roman de Michèle Froissart : « Une si longue réponse », qui est l’objet de cette chronique littéraire. Lorsque l’auteure commence à rédiger cet ouvrage, c’est dans le cadre d’un travail scolaire, donné par sa professeure de français, Mme Fatimata Diallo-Ba, enseignante dans un lycée, à Dakar.

L’exercice consiste alors à imaginer une missive écrite par Aïssatou, en guise de réponse à son amie, Ramatoulaye. Michèle Froissart rend son devoir, constitué d’une dizaine de pages. Son enseignante, charmée par sa plume et la pertinence de son écriture, encourage Michèle Froissart à pousser l’exercice plus loin… jusqu’à en faire un livre.

Et c’est ce à quoi s’attèle la jeune fille quelque temps plus tard, jusqu’à la finalisation et la parution en autoédition d’ « Une si longue réponse ».


Le roman débute ainsi :


« Ramatoulaye, je suis heureuse que tu aies reçu mon mot. J’ai eu peur qu’il ne te parvienne pas. Je ne sais pas par quel miracle, mais j’ai reçu ta réponse. Je sais bien que ce n’est pas la première de nos lettres, mais je ne m’attendais pas à une réponse… Maintenant que j’ai lu tout ça, je comprends pourquoi ta lettre se faisait attendre, tu avais besoin de remettre les points sur les i et les barres sur les t. Il te fallait tourner la page de ton cahier pour en démarrer une autre, pour relater ce qui s’est passé, ce que tu as vécu. Mais tu ne le vis plus, c’est le principal. Tant de malheurs ne devraient pas être vécus. » (P.5)


À mon humble avis :


Cet ouvrage, publié en février dernier est constitué de 183 pages. Le pari lancé a largement été relevé par la jeune auteure française ! Son texte est fluide, prenant et extrêmement bien structuré.

Michèle Froissart, du haut de ses 17 ans, a réussi à s’immiscer dans les pensées d’une femme africaine, mère de quatre enfants, divorcée, expatriée loin de chez elle et de vingt ans son ainée. Rien que cela ! Je ne peux que la féliciter pour son travail de qualité très réussi.


J’ai particulièrement aimé cette réflexion philosophique et littéraire de Michèle Froissart au sujet de la vie :


« La vie n’est pas lisse. Elle est comme les routes d’Afrique, tantôt droite, tantôt pleine de virages, tantôt propre, tantôt cahoteuse. Mais on peut tout de même prendre les décisions, les chemins qui nous mènent à une vie plus simple. Les rues ne sont pas toujours belles. Elles sont étriquées, étroites et sablonneuses… Mais l’apparence des rues est-elle plus importante que l’âme de ceux qui y vivent ? » (Aïssatou à Ramatoulaye P. 139)


Ce qui fait la différence :


Tout d’abord, les réflexions d’Aïssatou sont d’une grande pertinence. Dans la même lignée que Ramatoulaye, Aïssatou, avec beaucoup de respect et de tolérance, dresse une analyse objective et poignante de la condition de la femme africaine au sein de sa communauté.

Ensuite, les grandes thématiques d’ « Une si longue lettre » sont reprises dans « une si longue réponse »: l’amour et l’amitié, la polygamie, l’émancipation de la femme par l’éducation, les castes sociales, la cellule familiale et son évolution au fil du temps.


Modou Fall (le mari défunt de Ramatoulaye) et Mawdo Ba (l’ex-mari d’Aïssatou) feront le choix de la polygamie, pour le plus grand malheur de leurs premiers mariages. Et tous deux vont prendre des secondes épouses bien plus jeunes et plus soumises que les premières.


« Quand je nous revois à son âge, pétillantes de vie et remplies d’amour à donner, quand je vois la profondeur de l’abîme dans laquelle le mariage l’a jetée, quand je vois la peine que doit endurer une enfant qui ne connait rien de l’amour, mais qui croit tout savoir grâce à ses études inachevées, je ne peux m’empêcher de plaindre cette enfant si jeune, trop jeune pour être jetée dans l’arène de la vie. » (Aïssatou à Ramatoulaye P.16)


Il y aussi et toujours le spectre de la belle-mère qui rôde et maudit ces unions depuis le premier jour, cherchant la moindre faille pour faire voler en éclat le mariage de son fils.


« Il y a des milliers de princesses dans le monde, comme il y a des milliers de princes. Car si nous ne sommes pas roi ou reine d’un royaume, nous sommes incontestablement souverains de notre corps, de notre esprit et de notre âme. Le siège des sens, des pensées et des sentiments, tout cela est à nous, et chacun est libre d’en disposer comme il le souhaite. Ma belle-mère aurait dû gouverner son propre royaume au lieu de régenter celui de son fils. Beaucoup de larmes auraient été économisées au lieu d’être gâchées sur le champ de bataille. » (Aïssatou à Ramatoulaye P. 131)


Un mot également au sujet d’Aïssatou, qui à la différence de Ramatoulaye n’accepte pas que son mari épouse une seconde femme et qui décide de divorcer. Elle quitte son mari, son travail, sa famille et son pays pour un nouveau départ, semé d’embûches et de difficultés, accompagnée de ses quatre fils.


« Tu sais bien que j’ai refait ma vie, je ne veux pas me plaindre d’un passé que j’ai fui. Je veux juste mettre les choses au clair dans ma tête en même temps que sur le papier. […] (P.83) Les deux déménagements successifs furent compliqués. Le premier, qui allait me conduire en France, se passa très rapidement. […] (P.99) Là-bas, mes enfants allaient dans une école de secteur, pas trop loin de la maison. Ils s’étaient fait quelques amis, mais restaient en marge. Ils préféraient rester à l’écart. C’était trop nouveau pour eux… […] (P.101) Effectivement, et comme tu le sais déjà, j’étais destinée à déménager à nouveau, vers les États-Unis cette fois. Ce déménagement fut plus complexe. (P. 102)


Selon moi, ce qui fait la beauté de cet ouvrage, c’est l’arc-en-ciel de la palette des émotions que Michèle Froissart a réussi, avec brio, à mettre en lumière, à travers sa plume.

Au-delà de la différence d’âge, d’époque, de couleur de peau, d’éducation ou de religion, son écriture nous plonge dans un roman épistolaire enclin à un profond respect de la femme africaine et de son abnégation au profit de sa famille, encore et toujours.


« Il y quelque temps, la femme en a eu assez. Assez d’obéir en silence, un sourire aimable plaqué sur le visage. Assez de feindre la soumission quand le cœur et l’âme ensemble hurlent et s’enragent en énumérant leurs maigres droits. Obéir. Ce monstre qui sommeille en chacun rugissait de colère et faisait trembler nos os quand nous devions nous plier aux moindres désirs des autres. » (P. 129)


Depuis là-haut, Mariama Bâ peut être fière de l’héritage littéraire qu’elle a su laisser aux générations futures. Quant à Michèle Froissart, elle lui rend ici un fabuleux hommage !


Un grand merci à mon amie et consœur Fatimata Diallo-Ba qui m’a fait découvrir cet ouvrage.


Bravo à l’auteure et belle lecture à vous !


183 pages / Février 2020 / en autoédition chez Sobook


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