BRÛLANT ÉTAIT LE REGARD DE PICASSO – Eugène ÉBODÉ – Roman


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Brûlant était le regard de Picasso

Eugène Ébodé est un écrivain et journaliste franco-camerounais. Avec Brûlant était le regard de Picasso, il publie son dixième roman. Et quel roman !


Lors d’un événement littéraire, l’auteur fait la rencontre de Madeleine Petrasch, une dame d’un certain âge aujourd’hui, membre très active de l’Association des Amies du musée de Céret (en Catalogne française). Madeleine Petrasch, dite Mado, est une femme au parcours atypique. Née en Afrique d’une mère camerounaise et d’un père suédois, à une époque où les unions mixtes ne sont pas vues d’un bon œil, les rencontres de sa vie feront qu’elle se liera d’amitié avec de nombreux artistes peintres : Dali, Chagall, Miro ou encore… Picasso.


« Voici l’histoire de Mado Hammar, née en 1936 d’un père suédois et d’une mère camerounaise, à Édéa, la ville lumière ! Cette bourgade proche de Douala devint en un temps record une ville flambeau qui illumina le Cameroun grâce à l’électricité produite par le barrage installé en aval du prodigieux cours d’eau qui arrosait ses flancs : la Sanaga. » (P. 13)


Dans Brûlant était le regard de Picasso, Eugène Ébodé nous offre un roman historique mémorable qui retrace le parcours de cette femme, de son enfance au Cameroun en passant par son adolescence perpignanaise et sa vie d’adulte à Céret.


En novembre 1929, Gösta Hammar (le futur père de Mado) débarque à Douala. Il a dix-huit ans. Il vient travailler pour son oncle maternel, propriétaire d’une société forestière très lucrative. Quelques années plus tard, il rencontre Monica (la mère de Mado), et tombe amoureux. Gösta demande Monica en mariage. La famille de la jeune femme fait traîner les choses. En Europe, la guerre éclate, il doit repartir pour la Suède.


« Gösta ne nourrissait qu’une inquiétude : sa fille Mado. Les causeries et négociations avec les parents de Monica, la mère de l’enfant, étaient dans l’impasse. […] Malheureusement, les conciliabules en vue d’une union avec Monica Yaya s’éternisaient, le jeune Suédois devenait anxieux à mesure que l’heure du départ pour Stockholm se rapprochait. L’enfant, qui avait vécu jusqu’à l’âge de deux ans avec sa mère, était maintenant sous la garde de Gösta. L’oncle avait été d’accord pour la placer près de son père, avant même la perspective d’un voyage en Europe. » (P.27)


Finalement, après le départ de Gösta, Mado sera confiée à un couple d’amis du père, Hélène et Jacques Boisson, des Français.


« Le père n’était pas revenu. Mado s’est alors recroquevillée, même si ses hôtes la trouvaient mignonne et souriante. Ce n’était qu’une apparence. Un enfant n’exprime pas tous ses sentiments. À Édéa, Mado parlait à son père dans ses rêves. […] Quatre longues années s’étaient écoulées depuis son départ. Était-il mort ? Était-il vivant ? Elle l’ignorait. » (P. 29)


Les Boisson deviendront sa famille d’adoption.


Suite à la défaite de juin 1940, l’AEF (Afrique Équatoriale Française) engage ses troupes aux côtés du Général de Gaulle et de la Résistance. Jacques Boisson fait partie des premiers hommes à répondre à l’appel. La famille quitte le Cameroun pour rejoindre le Maroc. Hélène et Mado partent se réfugier en France.


Du Cameroun à la France, en passant par la Suède, Brûlant était le regard de Picasso est un roman historique écrit avec brio et qui retrace le passé singulier d’une femme à la croisée de deux mondes, de deux continents : l’Afrique et l’Europe. C’est également un ouvrage empreint d’une grande richesse artistique et culturelle, nourri par les rencontres fortuites de Mado, tout au long de sa vie.


Bravo à l’auteur et belle future lecture à vous.


256 pages / Publié en janvier 2021 chez Gallimard, Collection Continents Noirs


Brûlant était le regard de Picasso est en compétition pour le Prix des Afriques 2022


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