DANS LE VENTRE DU CONGO – Blaise NDALA – Roman

Dernière mise à jour : 21 févr.


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Dans le ventre du Congo

Dans ce troisième et dernier roman historique, Blaise Ndala nous offre une lecture riche et dense. Ici, ce sont deux femmes qui vont vous raconter leur histoire, leur voyage (forcé ou choisi), leurs amours et leurs mésaventures.


Dans la première partie du roman, nous sommes en 1958. Nous suivons la jeune princesse Tshala Nyota Moelo, la fille de Kena Kwete III, roi des Bakuba. Elle s’adresse à sa nièce qui, 45 ans plus tard, entreprendra un long périple jusqu’en Belgique, pour tenter de découvrir ce qu’elle est devenue.


« Te voilà donc en présence de ta tante Tshala Nyota Moelo, princesse d’un exil dont on cherchait en vain le présage dans les songes de feu ma mère, du temps où elle attendait impatiemment la venue au monde de sa première fille. Quand je t’aurai ramenée à la racine du drame, après t’avoir fait traverser vallons, plaines, ruisseaux, rivières, jusqu’aux mers que mon âme a enjambées avant que je me fonde dans les ténèbres de la Belgique, alors tu pourras redresser le dos. Affronter ta vraie destinée. Tu pourras te délecter du lourd fardeau qui pèse sur tes épaules, celui que l’oracle avait réservé à toutes les Nyota de la dynastie qui t’a portée. Un oracle entendu bien avant que n’existât le territoire que Léopold II allait baptiser État indépendant du Congo. » (P.33)


Retour donc sur l’enfance et l’adolescence de la princesse congolaise : après de longues discussions avec son paternel royal, Tshala quitte son village natal pour intégrer un pensionnat de bonnes sœurs belges, dans la capitale du district.


« Non sans mal, le Nyimi s’est laissé convaincre, tout en mettant en garde mon improbable alliée : si quelque incident malheureux devait résulter de ce départ pour la ville voisine, tante Mengi en répondrait personnellement. Dans la bouche du roi Kena Kwete III, ça voulait dire ce que ça voulait bien dire. Il ne m’était resté qu’à juger sur la tête de feu la reine mère Ngokady que je me conduirais sagement. Que j’aborderais Luebo autant dans le respect du legs ancestral que dans celui des règles draconiennes des sœurs de Notre-Dame. Ce à quoi ma tante avait répondu par un regard en coin qui scellait, dans le non-dit, un pacte de solidarité dont la trahison, si elle venait à prendre forme, nous exposerait l’une autant que l’autre au courroux royal. » (P.60)


Elle y apprend à lire, à écrire, les Dix Commandements et le latin, entre autres. Mais surtout, à dix-sept ans, elle y rencontre un homme, René Comhaire, l’amour de sa vie.


Quarante-cinq ans plus tard, c’est au tour de la nièce de la princesse de s’adresser à sa tante disparue. Par devoir de mémoire et liée par une quête familiale, elle se rend en Belgique pour tenter d’apporter des réponses aux multiples questionnements du roi, son grand-père. Grâce aux coups de chance (et aux interventions mystiques ancestrales, qui sait), ses rencontres la rapprochent peu à peu de la vérité.


Mon avis de lecture sur ce roman : il est excellent ! J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir la plume de Blaise Ndala. C’est un auteur contemporain bourré de talent. Dans le ventre du Congo, j’ai retrouvé ce voyage historique, mais aussi intemporel que j’avais vécu dans La plus secrète mémoire des hommes, La porte du voyage sans retour ou encore Camarade Papa.


Avec une grande dextérité, l’auteur nous donne aussi beaucoup à réfléchir sur le passé colonial de la Belgique, entre conflits politiques et intérêts personnels. Le point de convergence des deux histoires mêlées réside dans un fait historique largement abordé dans le roman : l’exposition universelle de 1958 qui s’est déroulée à Bruxelles entre le mois d’avril et le mois d’octobre. 42 millions de visiteurs y découvrent l’Atomium, le satellite artificiel Spoutnik, mais aussi la reconstitution d’un village congolais, se voulant représentatif de l’artisanat traditionnel. Un « zoo humain », raciste et dégradant qui suscitera de vives polémiques.


Ce que je retiendrai également de cet ouvrage, ce sont les réflexions pertinentes de Blaise Ndala, à travers la voix de ses nombreux personnages, hauts en couleur :


« Depuis que la terre est notre demeure commune, des peuples se rencontrent, tantôt dans la joie, tantôt dans la douleur, tantôt sous l’étreinte de l’allégresse, tantôt sous le joug de la barbarie. Ce ne sont pas les blessures qu’ils s’infligent les uns aux autres qui comptent le plus lorsque le temps éclaire enfin nos vacillantes illusions du discernement. Ce qui l’emporte, fils, c’est que leurs enfants après eux en retiennent afin de bâtir un monde moins répugnant que celui qui les a accueillis. » (P.356)


Bravo à l’auteur et belle lecture à vous.


384 pages / Paru en janvier 2021 aux Éditions Seuil

Lauréat du Prix Ivoire 2021, Prix Ahmadou-Kourouma 2021, sélectionné pour le Prix des Afriques 2022 de la Cène Littéraire


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