SANGS MÊLÉS – Fanny CAMPAN – Roman

Dernière mise à jour : 21 févr.


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Sangs Mêlés

Où allons-nous ? Au Sénégal principalement, mais aussi en France et en Éthiopie


À quelle époque ? Contemporaine


Venez, je vous raconte de quoi il est question :


Le dernier roman de Fanny Campan est un chassé-croisé entre l’histoire de vie de deux femmes que rien ne semblait pouvoir rassembler, et pourtant. D’un côté, il y a Sali, Sénégalaise, célibataire, 25 ans, étudiante en psychologie à l’Université de Dakar. De l’autre, il y a Klara, Hollandaise, séparée, 70 ans, thérapeute à Dakar. Au sein de « Sangs Mêlés », l’auteure nous fait vibrer au gré des émotions de ses deux personnages féminins.


Sali décide d’écrire la biographie de sa mère adoptive, Klara. D’une part pour lui rendre hommage, mais d’autre part, dans l’espoir d’en apprendre un peu plus au sujet de son propre passé et de sa mère biologique. Et c’est ainsi que, dans le roman de Sali, nous découvrons le roman de Klara.


« Je n’ai pas de temps à consacrer aux garçons. Ils ne m’intéressent pas. Quand il est question de femmes : tous coupables ! Il n’y a qu’à voir mon père dont on raconte qu’il a violé ma mère, ou le mari de Klara qui est un monstre. Elle préfère dire : pervers narcissique. Quelle différence ? Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire exactement ? Klara m’a promis qu’on en parlerait en cours de psycho. Ça fait déjà trois ans qu’elle a entamé un procès contre lui. Je tchippe en y pensant. J’espère qu’elle va gagner. » (P.9)


À mon humble avis :


Après « La belle histoire », « Le deuxième roman de Thomas Simon », « Pourquoi il ne faut pas tuer (tout de suite) son voisin » (coécrit avec L. Allard-D’Adesky), quelques nouvelles, et trois ans d’écriture et de réécriture pour « Sangs Mêlés », Fanny Campan nous propose ici un style différent et très imprégné par l’atmosphère régnante au pays de la Teranga! Les expressions en wolof, parsemées dans le texte ainsi que les décors permettent aux lecteurs, avec aisance, de vagabonder dans les rues bruyantes et grouillantes de la capitale sénégalaise.


Ce qui caractérise la plume de Fanny Campan, c’est son style incisif ! Les émotions sont souvent retranscrites avec beaucoup de violence, et ce, même si cette violence est étouffée, cachée, interdite par la société et ses semblables. Et ses personnages n’ont pas peur de bousculer les préjugés et d’extirper les cadavres des placards.


Ce qui fait la différence :


« La Blanche colombe et l’Aigle noir » : Lorsque Klara tombe sous le charme de Jérémie Saint-Dior, le neveu du président de la République du Sénégal, ce n’est encore qu’une adolescente. Il lui écrit des poèmes (dont il n’est pas vraiment l’auteur), la couvre de cadeaux grâce aux finances de sa famille et lui présente tout le faste de la société huppée sénégalaise. À 23 ans, elle l’épouse. Il devient alors son mari et son bourreau, car « Jérémie a deux visages : il est un monstre dans l’intimité mais en public, il sait se tenir ».


« Vache immonde, viande avariée, grosse cochonne. Perverse, immondice, bouche à égouts, pauvre fille. Tu n’es rien. Tu n’existes pas. Joues bouffies par l’alcool, les pleurs, les médecines inopérantes, paupières tombantes, lèvres tuméfiées. Visage démonté et boursoufflé. Repoussante. Tu ne mérites pas de vivre. » (Jérémie à Klara P. 40)


Sali cherche à découvrir son passé, mais elle se cherche également. Souvent, elle en veut à Klara, mais elle ne le lui dit pas, car elle tient à elle, ne veut pas la froisser, ne veut pas lui faire de la peine. Alors, elle écoute en silence et se laisse bercer par la voix hypnotisante de sa mère blanche, celle qui veille à subvenir à ses besoins et à son érudition depuis toujours, celle à qui elle doit tout, mais aussi celle à qui elle en veut d’être dépendante émotionnellement. Un amour maternel de substitution non exclusif, en goutte-à-goutte, qui finit par laisser un gout amer.


« Ils étaient tous là, tous ces enfants abandonnés à qui j’avais trouvé des parents. Mes enfants, Sali, ils étaient tous présents. (Klara à Sali) Sauf moi, Ma’… Tous sauf moi. ( pensée de Sali) (P.107)


Belle lecture à vous et bravo à l’auteure !


190 pages / Mai 2021 / Éditions Les lettres Mouchetées


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